La peinture de genre en Hollande au XVIIe siècle

(d’après l’Exposition Vermeer et la peinture de genre, musée du Louvre, jusqu’au 22 mai)

Pour étudier cette période on a peu de choses nous explique le commissaire de l’exposition, Blaise Ducos, à l’exception des tableaux. Le musée du Louvre reconstitue donc le foisonnement formidable de la peinture de genre en Hollande pendant le Siècle d’or.

Dès la première moitié du XVIIe siècle, la Hollande est le théâtre de grands noms de la peinture comme  Franz Hals à Harlem ou Rembrandt à Amsterdam mais il faut attendre le milieu du siècle pour qu’émerge une peinture de genre, présentant les scènes d’intérieur bourgeois.

Néanmoins comme le précise le commissaire de l’exposition du Louvre, il faut se garder de voir dans ces œuvres une simple expression de la réalité. Il s’agit plutôt d’inventions qui seront (re)copier par les peintres jusqu’à devenir des conventions.

 Avec ses tableaux de dames silencieuses, Johannes Vermeer (1632-1675) n’invente pas une peinture ex-nihilo : Ses contemporains brodent tous sur les mêmes thématiques des variations picturales…

Pour démontrer que le réalisme apparent des scènes n’incarne que la réalité de la peinture et non celle historique, penchons-nous sur le paradoxe des sujets représentés :

1.       La société hollandaise était fière d’appartenir à une nation jeune et conquérante ayant réussi à damner le pion aux monarchies européennes notamment dans la course maritime et le commerce. A cette époque, les hollandais se voyaient comme un peuple élu de Dieu.

2.       Le calvinisme s’est imposé dans les pratiques religieuses et les mœurs.

3.       Il est douteux que ce dernier soit compatible avec le laisser-aller visible dans certains tableaux : scènes courtoises voire grivoises durant lesquelles les femmes dégustent des huitres, absorbent du vin ou jouent du luth

4.       Ainsi, si les scènes d’intérieur montrent un univers féminin aux antipodes de l’agitation extérieure il semble aussi très loin de la probité que la société exige.

Les sujets ne sont pas toujours aussi orientés, me direz-vous. En effet, les femmes s’occupant des enfants, ou s’activant dans les cuisines sont plus conformes aux attentes d’un univers bien ordonné. Pourtant, on peut s’étonner dans une époque, marquée par les guerres incessantes et les risques du commerce maritime, de la place peu glorieuse que tiennent les hommes quand ils sont autorisés à (r)entrer dans les demeures.

Pour trouver une origine aux choix étonnants qu’opèrent les hollandais, il faut remonter à Brueghel (1525-1569), lui-même descendant de l’œuvre de Jérôme Bosch (1450-1516). Si la peinture d’emblème liée à la rhétorique religieuse est abandonnée au XVIIe siècle, il en perdure comme des sortes de leçons de morale avortées.

Le charme et la justesse de la peinture de genre hollandaise provient de sa justesse de ton, de son raffinement, de son refus d’illustrer un propos trop appuyé. A ce « jeu » là, Vermeer est sans doute le meilleur pour brouiller les pistes et « flouter » son tableau …

(Voir la conférence à l’auditorium des Sablons le mardi 9 Mai)

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