Tout le monde n’a pas de chance d’être né orphelin

Texte relatif à l’exposition Hergé, Grand Palais

Ainsi George Rémi, alias, Hergé, citait volontiers Jules Romain. Si la phrase sonne comme une boutade, elle est certainement plus que cela. Il n’y a qu’à regarder le statut étrange de son héros, Tintin. Avec un nom qui lui sert de prénom, à moins que ce ne soit l’inverse, et étant visiblement sans famille, même s’il s’en invente une avec le Capitaine Haddock et le Professeur Tournesol, Tintin est un être mystérieux. Tout comme son inventeur.

tin-tin-web

Le Grand Palais ouvre enfin ses portes au 9eme art et se propose de nous faire découvrir celui qui se cache derrière son héros. Les fans de Tintin, que l’on ne compte pas, connaissent-ils vraiment le dessinateur ? Mais le souhaitent-ils ? Les albums constituent sans doute un excellent « décodeur » car l’auteur y a mis là, ce qu’il avait de meilleur. Hergé est un homme complexe et « poreux » aux influences. Son charisme (et son caractère) en fait un homme difficile à aborder. Ceux qui en parlent disent d’ailleurs tout et son contraire. Il y a la version Michel Serres, le philosophe, qui présente Hergé comme un être exquis, raffiné et élégant. Sans doute. Il y a l’exposition du Grand Palais qui a choisi de « lisser » voire d’« édulcorer » le personnage ; on peut penser que c’est par volonté marketing ou par crainte de « faire des vagues ». Mais il y a aussi la biographie choc signée Pierre Assouline qui s’attarde (trop) sur l’aspect politique – faisant d’Hergé un homme politique avant d’être un dessinateur (une erreur !). Aucun excès n’est bon. La richesse des albums de Tintin, leurs qualités graphique, scénaristique, documentaire et psychologique sont indéniables. On peut s’en tenir là ou choisir d’assumer l’auteur avec le plus de lucidité possible !

L’exposition du Grand Palais « dépolitise » Hergé et brouille les cartes en proposant un parcours antéchronologique. La première salle le présente ainsi en peintre … abstrait ! Les trente dernières années de sa vie, il a changé de femme (Fanny a trente ans de moins que lui) et a un peu largué les amis de toujours pour se forger un environnement disons « plus ouvert ». Il s’intéresse alors à l’art contemporain. Le revirement est intéressant mais il n’est pas certain qu’il soit représentatif de l’artiste. En sortant les Bijoux de la Castafiore l’année où il largue définitivement Germaine – épouse fidèle et collaboratrice surnommée un moment « Madame Hergé » – Hergé en a bientôt fini avec son Tintin. Les Picaros sortiront au forceps après dix ans de silence ; et l’album n’est pas celui que les fans préfèrent. Bref, que nous apportent de savoir que Hergé, sur le tard, avait un vague regret de n’avoir été un « peintre » alors que nous le concevons pleinement comme artiste en tant que dessinateur de BD– la hiérarchie entre les arts n’est plus d’actualité en 2016, que diable !

Les artistes ne sortent pas grandis après avoir été standardisés ou liftés et cela n’apporte pas grand-chose au novice, curieux, amateur et spectateur que nous sommes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.