Fransitek Kupka (1871-1957)

Fransitek Kupka (1871-1957)

En 1912, František Kupka (1871-1957) (fig. 1) est le premier peintre à présenter au public une composition abstraite. Pourtant son nom se fait discret dans l’histoire de l’art, en retrait derrière le trio de tête : Kandinsky, Mondrian et Malevitch. Il paie sans doute ici son statut d’« anartiste », c’est-à-dire, d’artiste profondément anarchiste rejetant les classifications et les regroupements. Son amitié profonde et durable avec Marcel Duchamp – autre apatride mais à la gloire indéniable – le place dans la catégorie des intellectuels curieux ouverts aux sciences au début du siècle et rétifs à la vie de bohème d’un Pablo Picasso.

Le célèbre ouvrage de Kandinsky du Spirituel dans l’art est traduit en français dès sa parution. A titre de comparaison, le livre manifeste de Kupka, intitulé, La Création dans les arts plastiques, est publié en tchèque en 1922 mais accessible en français seulement en 1989 ! Tout est dit. Conscient de la faiblesse de sa popularité malgré une sincère reconnaissance en Tchécoslovaquie, Kupka espérait, au crépuscule de son existence, que sa postérité serait meilleure.

Il n’y a guère de chance que l’on parvienne, malgré la superbe exposition du Grand Palais, à renverser cette tendance à l’oubli pour la grande majorité du public. Sa vie peu truculente et son intellectualisme n’y aident guère. Par ailleurs ses toiles abstraites sont beaucoup plus sensuelles que les reproductions sur papier ne le laissent supposer. Découvrir l’œuvre de Kupka reste finalement, avant tout, une expérience sensorielle et visuelle.


Fig. 2

Kupka, naturiste, végétarien et pratiquant des exercices de pleine conscience, n’est pas si éloigné de nos interrogations contemporaines sur le devenir de l’homme et sa relation avec la planète. L’artiste pratique une hygiène de vie typique des citoyens rebelles d’Europe de l’Est (c’est-à-dire de l’Empire Austro-Hongrois). Né en Bohème dans une petite ville et issu d’un milieu modeste, il s’oppose au conservatisme catholique en se passionnant pour les « philosophies de la sagesse » qui influencent la théosophie, une religion universaliste orientée sur les méthodes d’éveil de la conscience. En adepte de la « lebensreform », il pratique la gymnastique, nu dans son jardin, tous les matins en faisant sa prière au soleil (fig.2). Illustrateur de l’encyclopédie monumentale d’Elysée Reclus, il adhère aux idées anarchistes et écologiques de ce géographe hors-norme, considéré aujourd’hui comme l’inventeur de la géopolitique. Sur le frontispice de l’ouvrage est écrit : « L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même ».

2 réflexions au sujet de “Fransitek Kupka (1871-1957)”

  1. Merci Stephanie
    Et pour hier soir et pour ce texte
    C’est Le tableau que je préfère de Kupka que j’avais découvert lors de la dernière expo il y a quelques années (Orsay ?)
    À bientôt Reynald

  2. Bonjour Stéphanie
    Votre conférence ce midi à Chevilly était vraiment chouette.
    Je ne connaissais pas Kupka et j’ai maintenant envie d’en savoir plus sur lui. Il y a quelque chose qui a résonné en moi ( certainement grâce aux ondes….:)).
    Encore merci pour cette belle découverte. J’irai certainement voir l’expo au Grand Palais.
    Merci pour ces moments précieux du midi que vous savez si bien animer. C’est un grand moment de relâche pour nous tous
    et en plus, on a l’impression de se sentir moins « con » en sortant :)….

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