César : Exposition au Centre Pompidou jusqu’au 26 mars

César : Exposition au Centre Pompidou jusqu’au 26 mars

Dans les années 60, César fait régulièrement la couverture de Paris Match. Il partage ce privilège avec Pablo Picasso et Salvador Dali. Cette popularité est assez exceptionnelle pour un artiste avant-gardiste qui a dynamité l’histoire de la sculpture par ses Compressions et ses Expansions. L’élite artistique s’est longtemps méfiée d’un homme si expressif qui a imprimé sa personnalité à son oeuvre. Il existe bien  une  « saga César ». Mort en 1998, il s’est souvent plaint d’un manque de reconnaissance officielle. Catherine Millet raconte qu’elle dut insister pour qu’il représente la France à la Biennale de Venise en 1995. L’artiste joue admirablement de tous les registres usant de la gouaille marseillaise, tout en étant mondain ; on lui reproche son train de vie (bien modeste au regard des pratiques actuelles !), ses liens avec le show-biz, bref de faire son numéro. Pourtant l’artiste est souvent rongé par le doute et l’anxiété. Né en 1921 à Marseille, d’origine italienne, il s’imagine enfant devenir Michel-Ange, un toscan comme ses propres ancêtres. Il quitte rapidement l’école et travaille à l’âge de 12 ans avec son père, pour qui un sculpteur taille des pierres tombales. L’enfance de César ressemble à un roman de Marcel Pagnol. Il en a le prénom. Mais il a de l’or dans les mains et vole de l’argile dans le chantier pour modeler ; sa mère l’inscrit à un cours du soir de dessin. Pour échapper au STO, il passe le concours à l’Ecole des Beaux-arts de Paris en 1943. Il y reste quinze ans, assumant le titre d’étudiant attardé, pour profiter d’une chambre et des tickets de cantine. Sa formation académique, il la revendique toute sa vie tout en innovant. Son admiration pour Rodin précède celle qu’il voue à Picasso. Rue Bonaparte, l’enseignement de la sculpture signifie modeler la terre sur une structure métallique. Il va abandonner la terre pour ne garder que le métal. Dans l’immédiate l’après –guerre, il fréquente le quartier de Saint-Germain-des-Prés, côtoie Giacometti et fréquente l’atelier de Germaine Richier. Ces deux ainés travaillent sur le corps humain : Alberto Giacometti allonge les figures et Germaine Richier les transforme en insecte. Il prend conscience de la nécessité du dépasser la copie pour privilégier la construction. En 1947, il se tourne vers le fer comme une alternative aux matériaux nobles  qu’il ne peut acheter. Il s’initie à la soudure à l’arc qui lui permet d’assembler de toutes petites pièces et crée des sculptures zoomorphes assez décoratives. En 1953, il trouve sa place dans une usine de Villetaneuse aux côtés d’ouvriers métallurgistes. A l’aide du chalumeau, de la lime, et de la meuleuse, il réalise un ensemble de Fers qui rencontrent un succès immédiat. Avec ses écrous, boulons, vis, bref, avec des déchets métalliques parfaitement visibles dans l’assemblage final, César crée un bestiaire réaliste souvent marqué par sa jeunesse provençale. Coq, scorpion et chauve-souris naissent en pliant la tôle, en soudant, en écrasant et en cisaillant. La critique adhère mais relève la faible originalité des sujets, au contraire de la technique. La main de l’artiste est évidente et la création exprime dans un corps-à-corps avec la matière. Son admiration pour Rodin justifie cette proximité. Comme son illustre aîné, il feint de mépriser l’intellectualisme pour revendiquer un sens artisanal : « N’étant pas un cérébral, je dois toucher les choses. Mon cerveau organise des sensations tactiles ». Le paradoxe César tient en sa relation avec la tradition. Même après avoir pulvérisé l’idée de la sculpture, dans la décennie suivante, il ne renonce jamais à l’épiderme. Il rêve d’autopsier une œuvre de Rodin car il est sûr d’y trouver un système nerveux. Au même titre que son illustre prédécesseur, bête noire de l’art contemporain, César se voit en démiurge doté d’une patience d’ouvrier.

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