Sortez vos yeux !

Sortez vos yeux !

« A chaud », ce matin, quelques idées et éléments autour de Caravage et plus spécialement de l’exposition qui ouvre aujourd’hui au Musée Jacquemart André.

Les conférenciers étaient conviés à une visite guidée par la commissaire de l’exposition, Francesca Cappelletti. Visite très intéressante et on peut souligner ici l’initiative du musée Jacquemart André car il est regrettable que d’autres musées (publics et parisiens) ne nous accueillent pas de même. Mais on peut espérer que cela change …

Voici quelques photographies notamment de détails et les éléments clés de l’exposition. L’idée étant de vous donner rapidement des notions si vous visitez l’exposition seule ou avec vos enfants ou/et de vous préparer à ma propre visite guidée qui sera assez « musclée » car nous serons tenus par le timing.

Bref, préparez votre regard !

Le concept de l’exposition est le suivant : présenter Michel-Angelo Merisi (1571-1610), dit le Caravage, au milieu de ses contemporains (et non de ses suiveurs, il ne s’agit pas d’une exposition sur les Caravagesques) et sur un seul lieu : Rome.

Sur la biographie (très romanesque) de Caravage, il faut rester prudent et je vais me reporter aux éléments du catalogue – dont on peut supposer qu’ils sont les derniers validés par les historiens. Cependant, rien ne nous empêche de vous plonger dans les livres sans doute parfois exagérément romancés notamment l’ouvrage du célèbre Dominique Fernandez. Pour les amateurs, il y a le texte de référence signé Roberto Longhi (réédité récemment collection Monographie) et la biographie de Bellori (datant du XVIIe siècle ), outre le catalogue (j’insiste), je vous recommande aussi l’opus de la collection Découverte Gallimard – mais je pense qu’il est épuisé ?, le Taschen (la version longue existe en petit format – attention lecture fastidieuse parfois mais tous les tableaux sont décrits et répertoriés). Pour les biographies, j’ai lu celle de Michel Nuridsany qui est plutôt spécialiste du XXe siècle mais pourquoi pas. Néanmoins, il me faut encore en trouver une qui me plaise vraiment mais je n’ai pas épuisé l’étalage de la boutique du musée Jacquemart André.

Ce que nous savons : Caravage est né dans le village de Caravaggio, près de Milan. Nous ne lui connaissons pas d’œuvres de jeunesse. Il débarque à Rome sans rien, comme d’autres jeunes peintres de son époque. Il s’engage dans un premier atelier (un peu industriel) puis est intégré dans celui du Cavalier d’Arpin (Giuseppe Cerasi- 1568-1641) très bon peintre dans la lignée du XVIe siècle romain. Les sources signalent le respect qu’avait le Caravage pour son « patron ».

D’emblée, l’exposition f rappe fort avec le célèbre Judith et Holopherne  du Palazzo Barberini (daté de 1600 ici). En quoi est-ce différent des autres versions du thème biblique ? Judith était une figure de justice pour la Renaissance (cf . Botticelli), elle est devenue une femme d’action (et quelle action). Important : le rôle du modèle vivant – un grand travail a été fait ces dernières années pour trouver le nom des modèles qui ont servis à Caravage. C’est une des thèses de l’exposition : Caravage invente le baroque (un drapé rouge ici car la commande provient d’un cardinal), mais aussi l’utilisation du modèle vivant.

Le Caravage, Judith et Holopherne, 1600, Palazzo Barberini

Judith et Holopherne de Botticelli (non exposé) David de Giuseppe Cesari dit le Cavalier d’Arpin

Dans la même salle, on trouve un tableau qui est rarement montré de Orazio Gentileschi, Judith et la servante (Cité du Vatican). Ami de Caravage, il reprend le thème mais le présente après l’action. Détail sanglant : les gouttes de sang un peu partout sur le costume…

La salle suivante est consacrée au thème profane de la musique avec le Joueur de luth de Saint Pétersbourg. La musique est la passion de deux commanditaires de premier plan pour Caravage : le marquis Vincenzo Giustiniani et le cardinal Del Monte. La partition est lisible et la nature morte est splendide : toujours cette caractéristique autour de la précision et du réalisme. A côté, un grand tableau d’un ennemi de Caravage, Giovanni Baglione, représentant L’Amour sacré terrassant l’Amour profane de 1602. Si on s’approche à droite , on voit en rouge la signature. Détail : la tête du diable serait un portrait de Caravage…On comprend que les deux peintres ne s’apprécient pas !

Ensuite viennent le Saint-Jean Baptiste au bélier (Rome Musei Capitolini) ambigu et un peu trop souriant dont le modèle aurait servi à une autre œuvre non exposée, l’amour vainqueur de Berlin. Le tableau est comparé avec un Saint Jean Baptiste tenant un mouton de Bartolomeo Manfredi du Louvre. L’important est de voir le rôle du toucher, du contact entre le personnage et l’animal.

La petite grisaille (La résurrection du Christ, Musée du Louvre) dans le couloir est signée Baglione est c’est une étude pour un grand tableau destiné à l’église du Gesu (l’église des Jésuites, regardez le mur, il y a un dessin de cette église), tableau perdu mais important car il est cité dans le procès en diffamation qui va opposer Baglione et Caravage en 1603.

Du jeune au vieux, on passe au Saint Jérôme écrivant de la Galerie Borghèse (Scipion Borghèse était un collectionneur de Caravage presque obsessionnel). Saint-Jérôme n’écrit pas mais pense (il ne lit pas non plus, approchez !), peint aussi d’après modèle vivant – on a même le nom de celui qui pose pour le même sujet par Gentileschi. Tableau moins connu du Caravage, le Saint François de Crémone. Beaucoup de crânes donc et de calvities dans cette salle.

On passe à la salle de l’Ecce Homo du musée de Gêne. Il s’agissait d’un concours « Massimi » que Caravage perdit : le tableau vainqueur est exposé à côté, il est signé Cigoli (peintre florentin). Un troisième tableau à droite est signé Bartolomeo Manfredi , c’est un couronnement d’épines que je me permets de rapprocher de celui du Caravage (je vous laisse juge).

 

Le Caravage, Couronnement d’épines (non exposé) Bartolimeo Manfredi, Le couronnement d’épines, 1618 (exposé !)

Dernier thème de cette salle : le Reniement de Saint Pierre. La version signée Ribera date de 1615. On sait que Ribera est à Rome de 1606 à 1616. A vous de chercher le modèle chauve peint deux fois par deux peintres différents (toujours cette idée de modèle vivant).

La dernière salle est une apothéose caravagesque. 3 tableaux dont le très beau Souper à Emmaüs de 1606 conservée à Milan.

Le Caravage, Repas à Emmaüs,
Londres
Le Caravage, Repas à Emmaüs, Milan, 1606 (tableau exposé)

Après le meurtre de Ranuccio Tomassi, le Caravage doit quitter Rome pour échapper à la prison (ou pire). Le parti espagnol lui en veut, il est protégé par la famille Colonna….

La suite de sa vie va se dérouler entre Naples, Malte et la Sicile.

Il meurt dans l’hôpital de Porto Ercole de la malaria… (vous trouverez d’autres versions de sa mort mais est est la dernière !)

1 réflexion au sujet de “Sortez vos yeux !”

  1. Une exposition remarquable, qui devient sublime pour le visiteur en écoutant le commentaire passionnant de Stéphanie! On finit par se sentir plongé dans la renaissance romaine avec ces contrastes entre la vie nocturne et les mondanités diurnes, le tout sur le fond de la beauté des ouvres de Caravage.

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